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Sharks

La transformation du bâtiment dit « de la Poste » à Lausanne témoigne de l'évolution fondamentale de la société du travail depuis quelques années et de la disparition d’une époque pendant laquelle l’entreprise rend service à l’homme.
Cet édifice - le plus grand d'un seul tenant en Suisse romande - a abrité les employés de la poste helvétique pendant des décennies. Durant cette époque, les espaces y sont vastes, dédiés à un service public pour lequel les mains  sont nombreuses et nécessaires. Voici quelques années, à l'instar de la plupart des grandes compagnies, la Poste Suisse est elle aussi soumise à des impératifs de rendement. Jugé trop grand et pas assez rentable, le bâtiment est abandonné pendant presque deux ans, tandis que la Poste mécanise son ouvrage au cœur d’installations quasi industrielles, loin de la Cité.

En 2012, ce patrimoine silencieux se transforme et laisse la place à des aménagements servant à de nouveaux acteurs, ouvriers des réalités économiques d’aujourd’hui. Il est cohérent que le bâtiment réaffecté accueille principalement une compagnie financière œuvrant dans le courtage et le marché des changes. Le photographe se réjouit déjà de photographier l’aquarium de requin rêvé par le propriétaire de cette entreprise. Mais quelques mois à peine après son installation, la compagnie nouvellement locataire se fait racheter et disparaît, dévorée par plus gros qu’elle. Le bâtiment est désormais une friche neuve.

Les photographies de Vincent Jendly témoignent du glissement d’un mode de travail révolu vers un autre, dans un lieu qui perd inexorablement en humanité, mois après mois, tant du point de vue de l’espace attribué à chacun, qu’à la nature même des activités qu’il abrite désormais. Au fil du temps, les images deviennent logiquement froides et cliniques, comme des témoins de la distance de plus en plus grande qui sépare les exigences du Capital des aspirations naturelles de l’Homme.

The transformation of the building referred to as "la Poste" "the Post office" in Lausanne demonstrates a recent fundamental evolution in the work society, with the vanishing of the firm as an entity to the service of human interests.
The building – the largest one-piece building in French Switzerland – welcomed the employees of the Swiss postal services during decades. During that period, the working spaces are vast, dedicated to a public service that needs numerous operating hands. With time, and much like most large public companies, the Swiss postal services were submitted to profitability rules. Deemed overwhelming and unprofitable, the services left the building that remained empty for nearly two years, while the postal services moved on to mechanize their tools at near-industrial facilities away from the City center.

This quiet heritage underwent major renovation in 2012, intended for new actors, workers of today’s economic realities. Quite coherently, the building was reorganized for a financial firm whose activities focused on trading and currency markets. The photographer was thrilled and looking forward to photograph the aquarium for sharks dreamt of by the firm’s owner. However, shortly after settling in, the company was bought out and vanished, eaten up by a bigger entity. The building is now a new brownfield.

Vincent Jendly’s photographs capture the shift between outdated working methods and new ones, in a setting that month after month, inexorably becomes deprived of any sense of humanity, be it in terms of the spaces attributed to each one, or in the nature of the activities it now shelters. Gradually and quite logically, the images become cold and clinical, bringing forth the growing gap between Capital’s requirements and mankind’s natural aspirations.